Home
ZL Kamel_Daoud_par_Claude_Truong-Ngoc_février_2015

© Kamel Daoud par Claude Truong Ngoc

Le café littéraire nous a réunis jeudi soir dans le cadre toujours chaleureux de l’atelier de Katherine autour du très beau roman de Kamel Daoud, Meursault contre-enquête (Barzakh, 2013, rééd. Actes Sud, 2014). Nous avons pour une fois trouvé une belle unanimité dans la lecture et l’émotion suscitées par ce livre.

L’écriture de Kamel Daoud résonne comme une mélopée, un tambour battant au rythme de sa révolte intérieure. Le héros du livre répond à cet autre héros littéraire qu’était Meursault dans L’étranger de Camus en y engageant sa vie et son destin, s’inscrivant ainsi dans la longue lignée des personnages mythologiques.

Un pays, l’Algérie, avant, pendant et après la guerre d’indépendance, fébrile et sous tension. Une mère dévorante et habitée par la douleur et la folie, omniprésente et toute puissante dans la vie du narrateur :

”Aujourd’hui M’ma est encore vivante”

“Je voudrais moi aussi, qu’ils soient nombreux, mes spectateurs, et que leur haine soit sauvage.”

Ainsi commence et se termine le texte de Kamel Daoud.

“Aujourd’hui, maman est morte”

“il me restait à souhaiter qu’il y ait beaucoup de spectateurs le jour de mon exécution et qu’ils m’accueillent avec des cris de haine” écrivait Camus.

Entre les deux livres, une guerre qui n’a malheureusement pas libéré l’Algérie de tous ses démons ou qui en a fabriqué d’autres.

ZL RING Kamel Daoud                         ZL Camus étranger

Le narrateur de Meursault contre-enquête, Haroun, a, lui, un prénom et une identité, il est le frère de l’Arabe assassiné par Meursault. C’est un personnage fragile et révolté en quête de sa propre langue et d’une existence propre non bornée aux désirs de vengeance de l’une ou aux croyances religieuses des autres, à l’image sans doute de son auteur.

Kamel Daoud vit aujourd’hui à Oran sous la menace d’une fatwa, dans un entretien récent à Laure Adler il disait sa volonté de :”continuer comme avant, de ne pas être placé dans une situation de mort-vivant”. Son livre nous rappelle la nécessité et la responsabilité qui sont les nôtres, nous lecteurs de lire et relire ces auteurs qui se battent pour la liberté d’expression et la liberté de vivre avec ou sans religion.

Camus écrivait en 1951 dans L’Homme révolté : « Ce n’est pas la révolte en elle-même qui est noble, mais ce qu’elle exige.“

Merci donc à vous Kamel et bon courage.

Anne Bepoldin

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s