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En cette année de commémoration de la première guerre mondiale, les événements de toutes sortes se multiplient. Si vous avez sillonné la France cet été, vous avez certainement eu l’occasion de voir l’une des nombreuses expositions consacrées au centenaire…
Celle de Francis Ducreau, qui va se tenir dans ce lieu étrange et fascinant qu’est le Museum der unerhörten Dinge à Berlin, a ceci d’intéressant qu’elle ne se contente pas de rendre hommage à ces hommes emportés dans la tourmente il y a cent ans, mais interroge notre regard d’aujourd’hui sur cette guerre d’hier.

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1914, cela semble loin, un passé que l’on considère avec un oeil d’historien, un passé qui pourrait même sembler quelque peu poussiéreux. Après tout, n’avons nous pas abondamment célébré l’année dernière les 50 ans du traité de l’Elysée et l’amitié franco-allemande? Le dernier vétéran de la Première Guerre s’étant éteint en 2011, les soldats de 1914, aujourd’hui, ne sont plus que des visages graves sur les photos de nos manuels scolaires, des noms ornant les monuments de nos villes, de nos villages.

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En confrontant photographies en couleurs de monuments aux morts et portraits en noir et blanc de jeunes d’aujourd’hui, Francis Ducreau nous rappelle pourtant que la guerre n’est pas une « affaire de vieux »… La guerre, c’est ce qui cueille la jeunesse en plein dans son élan. Le très beau texte de François Morel qui accompagne l’exposition (que vous pouvez lire ci-dessous en français et en allemand) souligne bien la force de ce projet qui rappelle que les commémorations devant les monuments aux morts célèbrent en réalité « le soleil, le printemps, la jeunesse ».

Texte d’accompagnement de François Morel (pour la version allemande, voir plus bas) 

« Ceux là étaient menuisiers, charcutiers ou poètes. Ceux là étaient facteurs, paysans, instituteurs ou cloutiers.

Ceux là sont informaticiens, routiers ou chauffagistes. Ils sont jardiniers, serveurs ou professeurs d’économie. Mais beaucoup fréquentent Pôle Emploi dans l’espoir d’un petit boulot.

Ceux là priaient le Bon Dieu, allaient à la messe tous les dimanches et, quand ils se mettaient à table, machinalement, faisaient une croix sur le pain. Ceux là étaient socialos, radicaux, laïcards convaincus, dreyfusards passionnés et, quand ils se mettaient à table, machinalement, bouffaient du curé.

Ceux là se connectent, surfent devant des écrans. Ils chargent des sonneries inédites sur leurs portables en rêvant à de nouveaux forfaits.

Ceux là avaient leur bonne amie qui les attendait au pays. Elle s’appelait Madeleine, Simone, Amélie ou Raymonde…

Ceux là ont des meufs ou des copines ou des histoires qui s’appellent Amina, Laetitia, Julie ou Kevin. Ça ne dure pas longtemps. Comment construire sur le sable mouvant ?

Quand j’étais petit, nous devions, chaque année, aller nous recueillir devant le monument aux morts. C’était ennuyeux. Une assemblée de vieillards tremblotants, moustachus nous commandaient de nous souvenir de gens que nous ne connaissions pas. Nous avions des fous rires au moment de la Marseillaise. Les anciens combattants nous regardaient d’un mauvais œil humecté de larmes et de reproches et peut-être d’un sentiment d’abandon.

Nous étions des ignorants. Nous ne savions pas que c’était le soleil, le printemps, la jeunesse qu’on célébrait sous la pluie de novembre. La foi dans l’avenir, l’espérance de tous ces hommes, jeunes, ardents, fougueux qui un jour avaient eu la vie devant eux et qui ont fini dans la souffrance, la boue, l’enfer.

En mettant en parallèle les monuments aux morts et des visages d’aujourd’hui, Francis Ducreau nous saisit, nous émeut, nous questionne.

Qui sont aujourd’hui les nouveaux gueules cassés ? Où sont les champs d’honneur ? Entre deux guerres, dites, est-ce bien la paix ? »

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« Sie waren Schreiner, Metzger oder Dichter. Sie waren Postboten, Bauern, Lehrer oder Nagelschmiede.

Sie sind Informatiker, Lastwagenfahrer oder Heizungstechniker. Sie sind Gärtner, Kellner oder Wirtschaftsprofessoren. Aber viele müssen zum Arbeitsamt gehen und hoffen, zumindest einen Minijob zu finden.

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Sie beteten zum lieben Gott, gingen jeden Sonntag zur Messe und wenn sie sich zu Tisch setzten, deuteten sie mit dem Messer ein Kreuz auf dem Brot an, ohne darüber nachzudenken. Die waren “sozialistisch drauf”, Radikale, überzeugte Laizisten, leidenschaftliche Dreyfus-Anhänger, und wenn sie sich zu Tisch setzten, zogen sie über die Pfaffen her, ohne darüber nachzudenken.

Sie vernetzen sich und surfen im Internet. Sie laden neue Klingeltöne für ihr Handy runter und träumen von neuen Flatrates.

Sie hatten ein Liebchen, das im Dorf auf sie wartete. Sie hieß Madeleine, Simone, Amélie oder Raymonde…

Sie haben Schnitten, Freundinnen oder Affären, die Amina, Laetitia, Julie oder Kevin heißen. Es dauert nie lange. Wie sollte man auf Treibsand bauen?

Als ich Kind war, mussten wir uns jedes Jahr vorm Kriegerdenkmal zur Andacht sammeln. Es war langweilig. Eine Truppe von zitternden Greisen mit Schnauzbärten verlangte von uns, die Erinnerung an Leute wachzuhalten, die wir nie gekannt hatten.Wir lachten uns tot, als die Marseillaise erklang. Die ehemaligen Kämpfer guckten uns böse an, mit Tränen in den Augen, vorwurfsvollen Blicken und vielleicht mit dem Gefühl, alleingelassen zu werden.

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Wir waren Ahnungslose. Wir wussten nicht, dass es die Sonne, der Frühling und die Jugend waren, die wir im November-Regen zelebrierten. Der Glaube an die Zukunft, die Hoffnung aller dieser jungen, eifrigen, aufbrausenden Menschen, die einmal das Leben vor sich gehabt hatten und dann im Leid, im Schlamm, in der Hölle zu Grunde gegangen waren.

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Indem er Kriegerdenkmäler und Gesichter von heute nebeneinander setzt, werden wir von Francis Ducreau gepackt, bewegt und befragt. Wer sind heute die neuen Kriegsversehrten? Wo sind die Ehrenfelder? Zwischen zwei Kriegen – ist da eigentlich Frieden? »

« 14 », une exposition de photographies de Francis Ducreau

29 août-26 septembre 2014

du mercredi au vendredi, de 15h à 19h

Museum der unerhörten Dinge

Crellestr. 5-6

10827 Berlin-Schöneberg

Vernissage le vendredi 29 à 19h

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